Le virage le plus photographié du monde : Monaco, du rallye au grand prix

Le virage le plus photographié du monde : Monaco, du rallye au grand prix
Il y a des virages qu'on reconnaît sur une photo sans légende. L'épingle du Grand Hôtel, à Monaco, en fait partie : une boucle à gauche si serrée que les Formule 1 la franchissent braquage à fond, à moins de 50 km/h, quelques centaines de mètres avant de plonger dans un tunnel où elles frôlent les 300 km/h. Sur 3,337 km de rues fermées, c'est le point où la vitesse s'effondre, où la voiture se présente entière et de face, et où le décor tient dans le cadre. Le reste de l'année, ces mêmes trottoirs redeviennent une ville — et, en janvier, le point de ralliement d'un rallye d'hiver plus vieux que le grand prix lui-même.
L'essentiel à retenir
- Le circuit de Monaco mesure 3,337 km et compte 19 virages ; le grand prix s'y court sur 78 tours, soit 260,286 km.
- L'épingle du Grand Hôtel, aujourd'hui appelée Fairmont, est le virage le plus lent du championnat : elle se négocie à environ 48 km/h, braquage complet.
- Le premier grand prix s'est couru le 14 avril 1929 et a été remporté par William Grover-Williams sur une Bugatti Type 35B.
- Ayrton Senna détient le record avec six victoires, dont cinq consécutives entre 1989 et 1993.
- Le circuit n'existe que quelques semaines par an : six semaines de montage et trois de démontage autour du port Hercule.
Pourquoi parle-t-on de l'épingle du Grand Hôtel comme du virage le plus photographié ?
Ce n'est pas un classement officiel, et personne ne compte les déclenchements d'obturateur. C'est une réputation, et elle s'explique par la géométrie. L'épingle est décrite par la Formule 1 elle-même comme le virage le plus lent du calendrier, en forme de U, pris à pleine butée de direction. À environ 48 km/h, une monoplace cesse d'être une tache floue : les roues avant sont visiblement braquées, le pilote tourne la tête, la carrosserie se présente de trois quarts puis de face sur une poignée de mètres.
Ajoutez le décor. Le virage est encastré entre la façade d'un hôtel et un mur, au-dessus du port, avec des balcons qui servent de tribunes naturelles. Le photographe n'a besoin ni d'un téléobjectif de deux mètres ni d'un emplacement réservé : il travaille court, cadre serré, et obtient une image lisible. C'est cette combinaison rare — une voiture lente, un angle extrême, un arrière-plan immédiatement identifiable — qui a fait de l'épingle une image de référence de la culture automobile.
Le virage a d'ailleurs changé de nom plusieurs fois, au rythme des enseignes qui l'ont bordé. Il s'appelait à l'origine l'épingle de la Gare — il y avait là une gare ferroviaire —, puis l'épingle Loews, puis l'épingle du Grand Hôtel, et aujourd'hui Fairmont.
À quoi ressemble vraiment le tracé de 3,337 km ?
C'est un circuit qui monte et descend en permanence, ce que la télévision rend mal. Depuis la ligne droite du port, les voitures attaquent Sainte-Dévote puis grimpent la montée du Beau Rivage vers Massenet et la place du Casino, redescendent par Mirabeau jusqu'à l'épingle, repartent vers Portier, s'engouffrent dans le tunnel — la section la plus rapide du circuit, où les monoplaces frôlent les 300 km/h —, freinent pour la Nouvelle Chicane à la sortie, longent le port par Tabac, la piscine et la Rascasse, et bouclent au virage Anthony Noghès.
Le tracé a peu bougé, mais il a bougé. La section de la piscine est née en 1973 avec la construction du stade nautique Rainier III. La chicane du port a été rebaptisée Nouvelle Chicane en 1986. Et en 2015, une retouche a raccourci la piste de trois mètres, la faisant passer de 3,340 km à 3,337 km — un détail qui dit assez bien le rapport de Monaco à son propre tracé.
Le record officiel du tour en course y est tenu depuis 2021 par Lewis Hamilton sur Mercedes W12, en 1'12"909. À l'échelle d'un circuit où le mur est toujours à portée de jante, la marge entre un tour propre et un tour terminé dans les rails se compte en centimètres.
D'où viennent les noms des virages ?
Ils ne viennent pas d'un cahier des charges sportif mais de la ville, ce qui en dit long sur la nature de l'endroit. D'après l'explication publiée par la Formule 1 :
- Sainte-Dévote : la sainte patronne de Monaco, martyre du IVe siècle.
- Beau Rivage : la montée longe la Méditerranée.
- Massenet : le compositeur d'opéra Jules Massenet, dont une statue se trouve à proximité.
- Casino : le Casino de Monte-Carlo, ouvert en 1865, est au bord de la piste.
- Mirabeau (supérieur et inférieur) : un hôtel qui se dressait là.
- Tabac : un bureau de tabac installé dans l'angle du virage.
- La Rascasse : un bar situé juste derrière les rails, lui-même nommé d'après un poisson méditerranéen.
- Anthony Noghès : le fondateur du grand prix, organisateur de la toute première course en 1929.
Aucun de ces noms n'a été inventé pour la course. Ils étaient déjà là ; la course s'est contentée de passer devant.
Les mêmes rues accueillent-elles vraiment le rallye en hiver ?
En partie, et la nuance mérite d'être faite. Le Rallye Monte-Carlo n'est pas une course en ville : ses spéciales se courent dans l'arrière-pays, sur les cols des Alpes-Maritimes et des Hautes-Alpes. Mais Monaco reste son port d'attache cérémoniel. En 2026, le départ officiel a été donné en principauté le 22 janvier, avant quatre jours de course basés à Gap, dix-sept spéciales et 339,15 km chronométrés, remportés par Oliver Solberg et Elliott Edmondson sur Toyota GR Yaris Rally1.
Les quais qui servent de ligne droite des stands en mai redeviennent donc, en janvier, un parc de départ pour des voitures à pneus cloutés. C'est le même décor, à quatre mois et à deux cents kilomètres/heure d'écart.
Et ce ne sont pas les seules occasions. Le circuit sert aussi au Monaco ePrix de Formule E, disputé pour la première fois en 2015 sur un tracé raccourci qui évitait la montée, la place du Casino, l'épingle et le tunnel, puis couru sur le tracé complet depuis la saison 2020-2021. Entre-temps, une année sur deux, le Grand Prix de Monaco Historique remet les monoplaces anciennes sur les mêmes pavés.
Quelles éditions ont fait entrer ce virage dans la culture automobile ?
La première, par définition : le 14 avril 1929, Antony Noghès — fils du président de l'Automobile Club de Monaco — organise une course sur les rues de la principauté avec le soutien du prince Louis II. Elle est gagnée par un Britannique courant sous le pseudonyme de « Williams », de son vrai nom William Grover-Williams, sur une Bugatti Type 35B d'usine.
Vient ensuite l'ère Graham Hill, cinq victoires dans les années 1960 et un surnom qui a tenu : « Mr Monaco ». Puis Ayrton Senna, six victoires dont cinq d'affilée entre 1989 et 1993, un record toujours debout ; Michael Schumacher s'est arrêté à cinq. En 2024, Charles Leclerc est devenu le deuxième Monégasque à gagner chez lui.
L'édition la plus récente a ajouté une ligne au palmarès : le 7 juin 2026, Kimi Antonelli a converti la pole en victoire pour devenir le plus jeune vainqueur du Grand Prix de Monaco et le plus jeune auteur d'un grand chelem. Ce détail en dit long sur l'endroit : à Monaco, la course se joue encore largement le samedi. C'est l'une des rares épreuves où partir devant vaut presque gagner, une régularité que connaissent bien les amateurs de paris sportifs et qui résiste à toutes les tentatives de réglage sportif — la règle des deux arrêts obligatoires introduite en 2025 a été jugée inefficace par les pilotes comme par les directeurs d'équipe.
Comment aller voir ce virage de ses propres yeux ?
- Le grand prix de Formule 1, désormais programmé le premier week-end de juin : 78 tours, environ 250 000 spectateurs sur le week-end en 2025, et une ville entièrement reconfigurée.
- Le Rallye Monte-Carlo, fin janvier : départ cérémoniel sur le port, puis spéciales dans la montagne — un spectacle gratuit pour qui accepte le froid et la marche.
- Le Monaco ePrix, sur le tracé complet depuis 2021, avec une affluence et une pression hôtelière sans commune mesure avec celles de juin.
- Le Grand Prix de Monaco Historique, une année sur deux, pour voir des Bugatti, des Maserati et des monoplaces à moteur avant passer là où passent les Formule 1 modernes.
- N'importe quel jour ouvrable : le tracé est une voirie publique. L'épingle se monte à pied en quelques minutes depuis le port.
Questions fréquentes
Quelle est la longueur exacte du circuit de Monaco ?
3,337 km, pour 19 virages. Le tracé mesurait 3,340 km avant une modification de 2015 qui l'a raccourci de trois mètres.
À quelle vitesse passe-t-on l'épingle du Grand Hôtel ?
Environ 48 km/h en Formule 1, braquage à fond. C'est le virage le plus lent de la saison, et le contraste avec le tunnel, où les monoplaces approchent des 300 km/h, se joue sur quelques centaines de mètres.
Le circuit reste-t-il monté toute l'année ?
Non. Il s'agit de rues ouvertes à la circulation. Le montage des rails, grillages et tribunes demande six semaines et le démontage trois.
Qui a gagné le plus de fois à Monaco ?
Ayrton Senna, avec six victoires, dont cinq consécutives de 1989 à 1993. Graham Hill et Michael Schumacher en comptent cinq chacun.
Le Rallye Monte-Carlo passe-t-il par le circuit de Formule 1 ?
Pas en épreuve chronométrée. Le rallye utilise la principauté pour son départ cérémoniel et sa logistique ; les spéciales se courent dans l'arrière-pays alpin, sur des routes de col souvent enneigées.
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